Mardi 22 mai 2007
2
22
/05
/Mai
/2007
17:08
Lorsque les télécoms ont inventé le principe du biper, puis du SMS, je suis convaincu
qu’ils n’avaient pas idée de la magie de leur invention. D’ailleurs qui aurait pu croire, à l’époque, que d’une simple alerte que l’on envoyait à un chirurgien appelé d’urgence au bloc
opératoire, ou d’une brève info envoyée à un journaliste, on parviendrait un jour à changer à jamais le quotidien de chacun d’entre nous ?
Jeunes, moins jeunes, nous avons tous reçu, un jour, un texto. Certains tombent dans l’oubli, parfois immédiatement. « T’as bien fermé la
porte ? » ou encore « Tu peux faire le déjeuner, je suis bloqué dans les embouteillages ». Ces messages appartiennent au
quotidien. On les reçoit, on les lit, on y répond parfois, et on les oublie tout de suite. Ils permettent juste d’économiser un appel téléphonique, de gagner du temps et d’éviter souvent une
conversation inutile. Mais d’autres sortent de cette banalité. Certains savent donner à la minute à laquelle on les reçoit une saveur particulière. Cette saveur demeure alors plus on moins
longtemps. Parfois pour quelques minutes, quelques heures, pour la journée, pour la semaine ou, j’en suis sûr, pour toute la vie. Il est fou de voir comment quelques mots, dans une orthographe
déplorable, parviennent à ce point à toucher le cœur des gens. Et pourtant, qui aurait cru, à l’heure des Apostrophes de Pivot, qui chaque semaine s’épuisait à explorer les plus belles phrases de
Marguerite Yourcenar ou de Jean D’Ormesson, que quelques lettres suffiraient plus tard à bouleverser les garçons et les filles de tous les âges ? D’ailleurs, trois lettres, si elles sont
sincères, suffisent finalement : JTM, je t’aime.
Bien sûr, de nombreux facteurs influent sur l’impact de ces quelques mots. Certains sont d’ordre général : l’heure à laquelle on les reçoit,
l’endroit où l’on est, si on est chez soi, dans son lit, en vacances, à l’étranger…. L’état moral dans lequel on est au moment où on les reçoit joue aussi beaucoup. Il est évident qu’un message
reçu lorsque l’on est seul, à huit heure du soir dans sa chambre de la maison familiale où l’on se coltine ses grands parents apportera bien plus de bonheur, voir de soulagement, que quelques
mots lus rapidement au milieu d’un pique nique entre amis au parc un soir d’été. Ils ne sont alors qu’une parenthèse. Mais ces quelques mots finiront inévitablement par apporter l’amour qu’on a
bien voulu leur donner. Un texto, de par son essence, marque l’attention que l’on veut porter à un ami, un frère, à son amant ou son mari. Il fait donc toujours plaisir. Quel que soit le moment
auquel on le reçoit, car on pourra toujours le relire, une fois seul. Alors tous ces mots pourront venir bercer ce moment de notre vie.
D’autres critères sont plus spécifiques. Ils tiennent plus à la technique et à l’élaboration du message. Ils prennent de l’importance avec le
temps, avec l’expérience. Plus on reçoit de textos, plus on s’intéresse aux détails, aux mots choisis. Alors on les relit, on les retourne, on les analyse. Chaque mot à sa signification. Nous
verrons plus tard qu’avec de l’imagination, un mot peut signifier tout et son contraire. Mais la nuance la moins évident à maitriser est sans conteste les points de suspension. Trois points de
suspension peuvent prendre une dimension inimaginable s’ils sont bien placés. « Je t’embrasse… » laisse sous entendre la douceur du
baiser ; « J’ai passé une merveilleuse soirée… » souligne l’impatience d’en passer une nouvelle. Certains messages nécessitent une
relecture, tant la personnalisation et l’élaboration sont élevées. Ils font d’autant plaisir qu’on les sait pensés pour nous, et pour nous seuls. L’écriture d’un texto est un art en soi, qu’il
faut exercer avec spontanéité et sincérité. Ils ouvrent alors les portes d’un monde où se côtoient Amour, Amitié, Pardon, Humour, Réconfort…
J’ai un peu plus de 20 ans, et comme pour beaucoup d’entre nous, ma vie sentimentale est rythmée par ces messages. Voici l’histoire qu’ils
racontent.